Pérégrinations autour d’un mot : DISTANCIATION

Nous allons devoir vivre avec elle, au moins un certain temps, ne serait-ce que pour des raisons sanitaires, la distanciation. Un à deux mètres plus loin, l’autre comme soi devra rester à bonne distance, ne serait-ce que pour respecter les « gestes-barrières ». Derrière cet enjeu sanitaire se cache quelque chose de bien plus lourd et profond, c’est une forme de remise en cause de tout notre édifice de relations sociétales qui, à certains égards, est en jeu !

En effet, dans notre pays en général, et dans le sud en particulier, on est tactile. Accolades, embrassades, empoignades… quand on se rencontre, on se regarde, on se touche, on s’étreint.

Demain ne sera plus comme avant, et cette « japonisation » du contact est tout sauf naturelle ou culturelle pour nous. Au « Pays du soleil Levant », la distanciation fait partie de code de la vie sociale : on se salue à distance en s’inclinant respectueusement, et, en plus, comme beaucoup d’autres pays d’Asie, on porte assez naturellement un masque. De la même façon, j’ai toujours été surpris qu’en Chine, quand vous revoyez quelqu’un que vous appréciez, qui peut même être de votre propre famille et que vous n’avez pas vu depuis non pas des jours mais des semaines, des mois voire des années, les retrouvailles paraissent bien loin des effusions – sincères ou feintes d’ailleurs – que l’on connait ici ; elles apparaissent quelconques, froides… distantes !

Si cette nouvelle norme de distanciation physique est difficile pour tout le monde, pour moi et peut-être pour nombre de politiques ou de responsables publics et associatifs, elle est « quasi-insupportable ». Pour moi qui ai toujours fait campagne, certes, mais exercé mes mandats d’élu de terrain surtout, dans la proximité, avec sourires, poignées de mains, bises… cette distanciation sanitaire n’est pas forcément facile à accepter. Heureusement que mon vieux fond discipliné et respectueux de la santé d’autrui (et de la mienne aussi !) fait que, de gré, je vais, pardon je me suis, adapté. Mais j’aspire, au plus profond de moi, à un retour… à la non-distanciation !

Outre la distanciation physique, il y a une autre forme de distanciation qui, elle, fonctionne bien et peut-être de mieux en mieux depuis des années, c’est la… distanciation sociale !

En effet, comme je l’ai déjà écrit par le passé, l’ascenseur social que j’ai eu la chance (avec un peu de travail et d’abnégation aussi) de pouvoir emprunter est quelque peu en panne. S’élever socialement avant la crise que nous subissons était difficile, demain cela restera-t-il raisonnablement possible ? En tout cas, j’espère qu’un fils d’ouvrir agricole pourra demain devenir directeur d’un organisme de logements sociaux, puis élu et parlementaire…

En fait, ce qui me parait le plus inquiétant, c’est que différentes catégories sociales dans la société se croisent subrepticement, mais ne se parlent plus, n’échangent plus, ne dialoguent plus. C’est un peu comme si chacun restait chez soi, dans son quartier, dans ses restaurants, dans ses lieux de villégiature… un peu comme si un plafond de verre, une certaine ségrégation, par l’argent certes, par les codes, par l’éducation aussi faisait pleinement son effet. Il est vrai que depuis la suppression du service militaire, nous avons perdu le dernier creuset inter-catégoriel où, globalement, des jeunes garçons de diverses professions, régions, confessions, éducations… se retrouvaient quelques mois ensemble à l’unisson !

J’ose espérer que le service civique universel qui est en train de se mettre en place sera à même de rejouer ce rôle-là.

Aujourd’hui, il n’y a presque plus qu’à la campagne où, peu nombreux par définition, on se côtoie, et autour des stades (de rugby, tout au moins), que la distanciation sociale est moins prégnante ou présente !

En attendant de nous retrouver au bistrot, « le Parlement du peuple » selon Balzac, pour boire un verre dans un des derniers lieux faisant partie de notre patrimoine commun, où aucune forme de distanciation sanitaire ou sociale n’est généralement de mise, maintenant, plus que jamais, je vous dis… « santé » !

Amitiés,
Philippe FOLLIOT

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