Laïcité

Proposition De Contribution De L’Alliance Centriste Au Pacte De Laïcité Proposé Par L’UDI

« Veillons à ce que la laïcité ne devienne pas notre nouvelle religion » Jean ARTHUIS, Président de l’Alliance centriste
« Un projet innovant ou une initiative inutile voire périlleuse ? » Michel CHAMPON, Secrétaire général Alliance centriste en charge du Projet et des études

Tel qu’il est présenté à ce stade, le projet de « pacte de laïcité » est un patchwork de mesures de niveau aléatoire –depuis des dispositions d’ordre constitutionnel jusqu’a des procédures règlementaires ou d’autres empiétant sur des périmètres d’ordre privé.
Bien qu’on ne puisse évidemment pas douter des bonnes intentions et des buts louables poursuivis par ses rédacteurs, force est de constater que l’analyse conduit –hélas- aux constats suivants :
– Le message qui veut être délivré n’apparait pas clairement
– La plupart des mesures « fortes « annoncées sont en réalité déjà traitées par les textes en vigueur
– Pour d’autres, elles aboutiraient au résultat inverse de celui qui est affirmé
– Enfin, celles qui voudraient régenter les lieux privés sont surréalistes et inapplicables

1. LA REPUBLIQUE, SA CONSTITUTION ET SA DEVISE

Il convient ici de rappeler que le terme de « laïcité » figure bien dans notre Constitution et même en place d’honneur puisque son article « PREMIER » dispose que « la France est une République LAÏQUE, démocratique, et sociale »
On ne peut difficilement être plus clair et, dans ces conditions, vouloir en rajouter n’apporte strictement rien aux principes fondamentaux qui régissent notre pays !
S’agissant de rajouter le terme de « laïcité » dans la devise de la République, il apparait clairement que c’est pour nous, une « fausse bonne idée » et ce pour des raisons simples :
– tout d’abord parce qu´ ouvrir ce débat est ouvrir « une boite de pandore ». Il faut déjà se souvenir que le terme de FRATERNITE n’est pas issu de la grande révolution de 1789 mais rajouté par la Constitution de 1848 après les révolutions qui avaient alors secoué l’EUROPE toute entière.
– de plus, et si on veut ouvrir ce débat, il est certain qu’on aura droit à un « inventaire à la PREVERT ! » avec de multiples propositions souvent guidées par des éléments de circonstances, alors que pour nous, ces symboles devraient rester quasi immuables et intangibles. Au demeurant, le vrai sujet qui emporte sans doute la conviction qu’il ne faut pas faire ceci, c’est que la LAICITE – au contraire des autres concepts existant – n’est pas une valeur ni un idéal à poursuivre. La laïcité est un mode d’organisation de l’ETAT mais n’est pas en soi une valeur philosophique. L’ « article 1 » nous paraît largement suffisant pour que l’ETAT se donne les moyens nécessaires pour encadrer son organisation.

2. L’ENCADREMENT PAR L’ETAT DES RELIGIONS ET DES MINISTRES DES CULTES

Ce qui est proposé, à cet égard par ce projet de pacte, heurte avant tout par ses aspects contradictoires :
En effet – et même si on caricature un peu mais à peine – le « bon ETAT laïc «serait celui qui, en réalité, celui qui s’impliquerait dans l’organisation d’une ou de nouvelles religions.
C’est un comble voire une intempérance.
Le « certificat –sic – républicain d’exercice du ministère du culte » renvoie bizarrement à la TERREUR et aux prêtres jureurs ! On en connait la suite logique à savoir la guerre civile et les poursuites des « réfractaires ». Idem pour la « républicanisation » des dogmes qui est d’un surréalisme total et d’une emphase parfaite.
Les rédacteurs du pacte semblent donc perdre de vue que le rôle de l’ETAT laïc n’est pas de se mêler des affaires des cultes qui sont de la sphère privée mais qui doivent pouvoir tous et chacun s’exercer librement. C’est fondamentalement diffèrent.
Quant au bouclier laïc pour les établissements d’enseignement public (quid de ceux sous contrat ?), son côté brutal et extrême ne peut faire que douter de son applicabilité. Une simple circulaire est déjà un dispositif juridique faible mais, dans le cas proposé, elle aurait évidemment comme résultat de renforcer le flot déjà important de jeunes gens vers les établissements privés voire confessionnels. Bien au contraire, l’école publique doit être le creuset de la République et cela nécessite avant tout de l’exemplarité, du courage, et de la pédagogie .On pourrait d’ailleurs rajouter qu’on va ainsi favoriser légitimer la discrimination entre le public –qui sera corseté – et le privé – ou tout serait possible. C’est dramatique et complétement suicidaire.
Rappelons-nous ce que disait Condorcet :
« La Constitution, en reconnaissant le droit à chaque individu de choisir son culte, en établissant une entière égalité entre tous les habitants de la France, ne permet point d’admettre, dans l’Instruction publique, un enseignement qui, en repoussant les enfants d’une partie des citoyens, détruirait l’égalité des avantages sociaux, et donnerait à des dogmes particuliers un avantage contraire à la liberté des opinions. Il était donc rigoureusement nécessaire de séparer de la morale les principes de toute religion particulière, et de n’admettre dans l’Instruction publique l’enseignement d’aucun culte religieux. Chacun d’eux doit être enseigné dans les temples par ses propres ministres ! »

3. ERP ET LIEUX PRIVES

Si on fait abstraction du fait que le terme d’ERP renvoie avant tout à des logiques de sécurité incendie et de prévention des risques de panique (cela va des cinémas, des théâtres aux hôtels ,salles de spectacles et palais des sports en passant par les aéroports , les gares.. etc) la loi envisagée apparait totalement surréaliste et inapplicable.
Point n’est besoin de décrire dans le détail les conséquences d’une telle loi pour les gares, les aéroports ou les centres commerciaux qui sont des lieux privés. On a compris que chacun devra modifier sa tenue vestimentaire, soit qu’il arrive du GOLFE, du Proche-Orient ou –plus près de nous – s’il veut partir ou revenir d’un pèlerinage à LOURDES, à ROME ou à FATIMA !
C’est grotesque et totalement inapplicable. A cet égard, la loi « anti-voile » devrait donner à réfléchir dans son application très limitée et réduite d’ailleurs aux seuls musulmans (songeons à ce niveau à nos DOM-TOM où nombre de nos compatriotes sont concernés sans pour autant qu’ils doivent être stigmatisés de façon inique ! La constitutionnalité de telles propositions, pourrait aussi faire débat).

4. DIVERS

La peine d’indignité nationale – créée on s’en souvient à la libération pour les collaborateurs, n’a eu aucun impact réel !
Vouloir priver, par exemple, de ses droits civiques quelqu’un qui s’en fiche comme d’une guigne n’aura jamais un impact intelligent. Pourquoi pas la mort civile ou l’exil comme au Moyen-Age tant qu’on y est !
Les jours fériés d’origine religieuse –catholique en vérité – est le type même du sujet explosif.
Le fond du raisonnement est avéré mais on notera déjà que personne, de quelque religion que ce soit, ne soulève ce problème. Au passage, il est très intéressant de noter l’impasse faite sur NOEL, le lundi de PENTECOTE (qui n’est d’ailleurs pas une fête religieuse mais une mesure prise au 19 siècle)… Cette sélection est donc bien étrange. Sur la forme, on pourrait cependant proposer – a minima – que l’ETAT donne lui-même l’exemple en commençant par faire de ces jours des RTT dits obligatoires. C’est tout à fait possible en droit et déjà appliqué dans certaines administrations.

5. CONCLUSION

Le mérite de cette proposition est de mettre sur la table un certain nombre de véritables sujets sociétaux et cultuels.
Une des premières réserves de forme est de constater que ce sujet est proposé «à chaud » après le drame de janvier dernier. La précipitation voire la sur-réaction n’est sûrement pas bonne conseillère en la matière, surtout sur de tels sujets qui touchent aux symboles et aux fondements de notre République.
Sur le fond, c’est ce qui est le vif du sujet, ce projet manque cruellement de clarté dans ses objectifs politiques sauf à vouloir « enfoncer des portes ouvertes » ou, pire encore, à vouloir ouvrir à nouveau de vieux débats dans nos propres rangs et, en particulier, ceux concernant les dispositions spécifiques sur l’ALSACE et la MOSELLE. L’Alliance centriste ne peut pas accepter que ces terroirs de tolérance et de compréhension mutuelle puissent voir leur vivre ensemble ainsi remis en cause dès lors que nos compatriotes qui y vivent ni le souhaitent ni le demandent.
En définitive, la plupart des thèmes avancés font déjà l’objet de textes très forts et de principes établis.
Les autres mesures envisagées sont – hélas – brouillonnes, faiblement argumentées juridiquement et, au final risquent d’être largement inapplicables.
En définitive, pour conclure ce document apparait comme improvisé, non abouti et donc ne pouvant pas être pris en compte. Comme le dit un proverbe : « L’Enfer est pavé de bonnes intentions ».
► En conséquence, l’Alliance centriste, se prononce contre ce projet.

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