La mer représente l’avenir de la France

Beaucoup de Français l’ignorent, mais la France possède le deuxième espace maritime mondial après les États-Unis. Au-delà, elle détient des îles dans les trois océans.

Dans mon livre, France-sur-Mer : un empire oublié, dès 2009, je m’intéresse en détail à ces territoires de France, et je suis stupéfait que les gouvernements successifs n’en fassent pas plus de cas.

À l’heure où l’urgence est à la fois climatique et énergétique, où 700 scientifiques lancent un S.O.S. sur le climat tandis que la France rêve de son indépendance en matière d’énergie, ne pas considérer ces vastes territoires et leur potentiel tant environnemental qu’économique et diplomatique relève soit de l’ignorance, soit de l’apathie. Il est grand temps de réveiller les consciences sur ce sujet qui me passionne depuis plusieurs années déjà.

Après mon voyage sur l’île abandonnée de La Passion-Clipperton dans le Pacifique Nord en 2015, et la ratification par l’Assemblée Nationale de ma proposition d’y établir une base scientifique internationale, je me suis mis en devoir de me rendre sur toutes ces territoires ultra-marins méconnus : archipel des Kerguelen, îles Éparses, archipel Crozet, île Amsterdam, etc.

L’Histoire de ces « bouts de France » est tout à fait captivante et révèle de nombreuses anecdotes, cocasses pour certaines, car du temps des grands empires coloniaux, nul ne plaisantait avec les questions de souveraineté et le moindre îlot qui pointait hors de l’eau fournissait le prétexte à des querelles diplomatiques, voire guerrières, entre les États. J’en veux pour preuve le cas de l’île Julia, en Méditerranée, une émersion d’origine volcanique, qui eut la bonne idée de disparaître à nouveau sous les flots avant que la France, le Royaume- Uni et l’Espagne ne s’entre-déchirent.

Mais au-delà de ces considérations historiques amusantes, il serait bon de remettre l’idée de souveraineté au goût du jour. En effet, la France métropolitaine, additionnée de ses DOM-TOM habités, double sa surface terrestre en ajoutant tous ces îlots. Quant à son domaine maritime, il atteint ainsi les 11 millions de kilomètres carrés, soit 18 fois plus de mers que de terres !

Et sous ces millions de kilomètres carrés gisent des ressources exceptionnelles – pétrole, gaz mais aussi zones de pêche actuellement peu surveillées, donc régulièrement pillées par les États voisins ou par les gros pêcheurs industriels. Alors que la vision européenne et continentale s’essouffle et qu’il devient indispensable de passer à une vision maritime et mondiale de la diplomatie, la France ne peut absolument pas se permettre de laisser ainsi son territoire s’effriter, être démantelé.

C’est exactement ce qui a failli se passer avec l’île Tromelin, île perdue dans l’Océan Indien, insignifiante au premier regard, mais qui génère un potentiel économique de 280 000 km2 de Zone Économique Exclusive (Z.E.E.), presque autant que la France hexagonale, Corse comprise. Qu’est-ce qu’une Zone Économique Exclusive ? C’est un espace maritime sur lequel un État exerce ses droits souverains, en particulier en matière d’exploration et d’exploitation des ressources économiques et environnementales – et elles sont particulièrement riches dans cette région du globe. Or, la France a évité – de justesse ! – la ratification, le 18 janvier 2017, d’un traité inique qui aurait permis la cogestion de ce territoire, sans contrepartie, avec  l’île Maurice !

La mer représente l’avenir de la France : même s’il est plus facile de s’épancher sur l’avenir de l’Europe et de détourner les yeux de ce sujet aux enjeux majeurs, notre futur sera nécessairement bleu, en plus d’être vert. Sur le plan économique, l’exploitation des énergies fossiles, de manière respectueuse de l’environnement et des populations voisines, couplée au développement massif des énergies renouvelables – marée-motrices et éoliennes, pour lesquelles, avantage certain, la France possède à la fois les industries de pointe et les territoires propices à leur implantation –, l’exploitation raisonnée et contrôlée des ressources biologiques sous-marines, l’aquaculture et le tourisme, constitueraient une véritable manne financière pour notre pays : tous ces secteurs combinés représentaient déjà 35,6 milliards d’euro de valeur ajoutée en 2013 (date la plus récente permettant la synthèse des données selon l’Ifremer) ! Avec la demande croissante en énergie, la nécessité de nourrir bientôt 9 milliards d’êtres humains et de leur permettre d’accéder à l’eau potable, ces chiffres ne peuvent évoluer qu’à la hausse.

En outre, cette présence sur tous les océans et cette position économique (potentiellement) prépondérante confèrent à la France une place géostratégique majeure au niveau mondial : il ne faut en effet pas négliger le poids militaire et diplomatique de ces territoires, 97,5% de ses Z.E.E. En effet, les ressources inexploitées de ces espaces laissés, pour ainsi dire, à l’abandon suscitent à la fois des craintes et des convoitises.

La France a donc un rôle à la fois de meneur et d’arbitre à jouer : elle peut – et doit – donner l’exemple d’une transition écologique réussie et d’une souveraineté nationale réaffirmée, tout en entraînant dans son sillage les États voisins, à considérer comme des partenaires plus que comme des adversaires.

La mer nous offre un formidable défi collectif, à nous Français pour développer ses potentiels économiques, écologiques et diplomatiques, mais aussi à toutes les populations locales, qui bénéficieront du rayonnement des activités marines françaises. Passer à côté de ce défi serait une erreur lourde de conséquences, à l’heure où des défis plus grands encore, comme la mondialisation et le climat, s’imposent à nous. Grâce à l’immensité de ses territoires marins, la France a l’opportunité de pouvoir encore décider seule de son destin et d’influencer sensiblement le destin mondial. Les dirigeants actuels seront-ils prêts à enfin relever ce défi ?

Philippe Folliot
Député du Tarn – Président de l’alliance centriste
Auteur du livre « France-sur-mer : Un empire oublié »

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