Stratégies pour juguler la désindustrialisation par Jean RICHARD
Publié le 14/09/2009
La désindustrialisation du monde occidental
par Jean RICHARD, Alliance centriste de la Seine-Maritime
Toutes ces 20 dernières années, la conquête des marchés s’est faite par l’externalisation de nos productions : externalisation vers les pays en voie de développement et principalement vers l’Asie. L’impératif était alors d’être présent sur ces marchés, avec l’obligation de produire sur place. Une démarche complémentaire a été poursuivie : sous couvert de coûts plus faibles, c’est maintenant une très grosse partie de la production qui est assurée hors de nos frontières.
Le résultat le plus immédiat en est la désindustrialisation de nos pays qui vivent sous l’hégémonie d’une économie financière qui a perdu tout sens pratique ; notre quotidien est le virtuel. Le tertiaire a créé des emplois, mais en parallèle, le travail manuel a été très dévalorisé. La maîtrise perdue des compétences : L’Europe, et plus généralement les pays occidentaux, se sont rendus dépendants des pays vers lesquels nos productions ont été externalisées, et ceci sans aucune capacité de contrôle et de sanction quant aux dérives constatées sur la qualité ou la conformité de ces produits. Pire, aujourd’hui, avec l’évolution des compétences dans des pays en voie de développement, nous sommes entrés dans la phase de transfert de la recherche et des compétences d’industrialisation.
Nous devons mettre en place une politique qui ré-incitera les industriels à réinvestir en France avant que toutes nos compétences ne soient, à jamais, rayées de notre patrimoine. La dernière illustration récente est la fin de notre industrie téléphonique en France. Quand, dans les années 60-70, cette industrie occupaient des dizaines de milliers de salariés, aujourd’hui, il nous reste une seule usine de production en France comprenant 500 personnes, dont 200 postes doivent être supprimés d’ici 2011. Pour faire quoi ? des prototypes, soit disant de l’industrialisation et de l’intégration de systèmes. Impossible de penser de produire des prototypes et d’industrialiser, avec les compétences nécessaires, sur un site qui a perdu tout contact avec la production de masse. Tout industriel digne de ce nom le sait !
Ne parlons pas de travaux « nobles » maintenus dans notre hexagone et de tâches plus ingrates ou moins valorisantes externalisées. Nous avons besoin de travail pour tout le monde, et pas seulement pour quelques diplômés. Arrêtons d’appliquer cette logique économique à rentabilité immédiate, sans prise en compte des impératifs de demain : Aider les pays en voie de développement mais sans compromettre notre propre maîtrise de nos capacités à produire. Si nous n’y prenons garde, demain, c’est nous qui serons dépendants des capacités de production de ces pays, et ayant perdu toute nos compétences, quelle capacité de réaction aurons-nous et avec quel délai ?
La formation : Cette déconnexion entre la formation et le monde du travail doit cesser et il est impératif de réagir pour créer des emplois dans un marché du travail industriel, celui qui existe entre les chercheurs et le consommateur. Il en va ainsi de nos formations ; un milieu éducatif ne prônant que des poursuites d’études sans pour autant pouvoir orienter ces élèves puisque sans connaissance aucune des besoins du marché. Nous savons très bien que nos jeunes, quand ils préparent un bac scientifique, ce n’est plus pour suivre un cursus technique mais, pour s’orienter vers des filières économiques, financières, médicales ou autres. Là aussi une vraie réponse doit être apportée par nos politiques. Une réponse sur les formations « écoles » et une réponse prenant en compte le besoin de formation continue ; et enfin une troisième réponse qui doit être apportée par le politique qui est de disposer d’une structure capable d’identifier les besoins du marché de l’emploi de demain et de proposer ou inciter les formations nécessaires pour couvrir ces futurs emplois.
Le développement durable : Les coûts des transports devraient s’accroître. Comment ne pas prendre en compte cette donnée dans les stratégies, ajouter au fait que le coût du travail augmentera dans les pays en voie de développement et qu’il faudra produire au plus proche du consommateur. Exigeons de ces pays en voie de développement, les mêmes contraintes que celles que nous imposons à nos sites industriels. Trop facile de contraindre nos entreprises à appliquer nos règlementations, justifiées, envers l’écologie, mais pour quel résultat ? Les industriels quittent notre sol pour une main-d’œuvre moins chère et surtout beaucoup moins de contraintes exigées chez ces nouveaux partenaires. Ces pays n’appliquant pas les mêmes normes que nos entrepreneurs, ceux-ci ne luttent pas à armes égales. Il faut rééquilibrer les forces. Les deux mots, économie et écologie, ont la même racine étymologique : oïkos, en grec, « la maison ». Or notre maison, aujourd’hui, c’est le monde. L’économie est sa gestion efficace. L’écologie sa gestion durable.
Le rôle du politique est de tout mettre en œuvre pour réorienter les stratégies de production de nos groupes industriels et tout faire pour que nos industries reviennent ou restent en Occident. Une des mesures avancée par notre président : la suppression de la taxe professionnelle est une bonne mesure qui consisterait à ne pas taxer uniquement les entreprises produisant sur notre sol. Cette taxe professionnelle doit être remplacée par une TVA qui taxera TOUS les produits, qu’ils soient fabriqués en France, mais aussi dans n’importe quel autre pays. Cette TVA devra être redistribuée équitablement vers les collectivités locales qui devront retrouver aussitôt leur capacité d’investissement. La mondialisation, c’est une chance économique pour les pays les plus pauvres. Pour les pays du Tiers-monde qui ne s’en sortent pas, ce n’est pas moins de mondialisation qu’il faut ….c’est plus de mondialisation.
La vraie question : quel type de mondialisation ? o Mondialisation ultralibérale o Mondialisation collectiviste o Ou mondialisation régulée, contrôlée, accompagnée, ce qui suppose des instances internationales de décision et de contrôle. Un déphasage inquiétant s’est creusé entre l’échelle mondiale des problèmes que nous rencontrons dans l’économie principalement et l’échelle nationale de nos moyens d’actions. Ce qui voue les Etats à l’impuissance, et les marchés, si l’on y prend garde, à la toute puissance. C’est pourquoi, notre chance est une Europe forte, unie et solidaire ; avec des régions puissantes économiquement et se comportant comme de vrais partenaires économiques responsables. Des régions qui seront de vraies forces de propositions locales quand l’Europe redynamisera son tissu industriel. Le monde change et nous devons nous préparer à changer de paradigme. Les individus, les collectivités, les politiques, les Etats et les continents doivent s’ouvrir vers une nouvelle manière de vivre ensemble ; oserais-je dire que nous devons nous préparer à entrer dans une nouvelle ère pour l’humain !








