Portrait de Jean Arthuis dans Ouest France : Ce jeune homme qui bouscule les notables
Publié le 03/04/2011
Réélu président du conseil général, le sénateur centriste sort un livre. Manière de tester ses idées avant une éventuelle candidature à la présidentielle.
Portrait
1944. Naissance à Saint-Martin-du-Bois (Maine-et-Loire).
1971. Maire de Château-Gontier.
1983. Sénateur.
1992. Président du conseil général.
1995. Ministre de l'Économie et des Finances.
Très tôt, il a connu les honneurs. Plus jeune maire de France à 26 ans, sénateur à 38, président du conseil général de la Mayenne à 47 et ministre à 50. Il a frôlé la mort deux fois : une méchante chute de cheval il y a trois ans, une violente collision à Quelaines-Saint-Gault l'an passé. On lui dit qu'à 66 printemps, il pourrait enfin souffler. Prendre du bon temps avec son épouse Brigitte, elle qui « suit la politique avec un relatif détachement ». Ça le fait marrer.
Retraité Jean Arthuis ? En charentaises dans sa maison de Château-Gontier, caressant son chat, Schubert en fond sonore... La bonne blague. Il y en a que le boulot rebute, qui n'ont que deux mots à la bouche : vacances, farniente. Jean Arthuis n'est pas de ce bois-là. À la rigueur, une promenade à cheval, sa passion, le dimanche matin... Pour le reste, l'idée de se la couler douce alors que le monde ne tourne pas rond lui est tout simplement insupportable.
« Secouer le cocotier »
Lorsqu'il était élève au lycée Saint-Michel de Château-Gontier, la lecture de Teilhard de Chardin lui a appris le sens de la responsabilité. L'expert-comptable reconnu qu'il fut - son cabinet a employé jusqu'à une centaine de personnes - n'aime rien moins que les comptes qui tombent juste. Le président de la commission des finances du Sénat enrage de voir son pays s'endetter : 2000 milliards d'euros ! Et le Trésor public contraint d'emprunter chaque jour 800 millions d'euros pour financer les dépenses courantes de la France.
« Il y a là une forme de résignation, de conformisme, d'injustice insupportable. Je me suis toujours battu contre ça », dit-il, presque fiévreux. On le croit compassé, figé dans son costard cravate. Lui, l'ami de Laurent Voulzy, se décrit au contraire « révolté », toujours prompt à « secouer le cocotier et faire bouger les lignes ». Au fond, il n'a pas changé. Jean Arthuis demeure ce « jeune homme qui bouscule les notables » comme le décrivait Ouest-France lors de la campagne des municipales à Château-Gontier, en 1971.
« Meilleur sénateur »
Dans son dernier livre S.O.S. finances publiques, osons les vraies réformes, en vente depuis mercredi, il raconte le combat mené en 1989 pour convaincre Bazouges, Azé et Saint-Fort de fusionner avec la sous-préfecture du Sud-Mayenne. « Ce fut pour moi la campagne la plus rude et la plus passionnée de toutes celles que j'ai menées », écrit-il.
Des combats, Jean Arthuis en a pourtant vécu. Le « pacte de croissance et de stabilité » européen (les fameux critères de convergence à ne pas dépasser), c'était lui, et son homologue allemand, Théo Waigel. La tentative de réforme du Sénat en 1989, la TVA sociale dès le début des années 90, encore lui. Plus proche de nous, les maisons d'assistantes maternelles, dont il a imposé l'idée au forceps, après l'avoir testée en Mayenne.
Désigné « meilleur sénateur » par le Trombinoscope, un aréopage de journalistes politiques, réélu dans un fauteuil président du conseil général, jeudi, Jean Arthuis est aujourd'hui à la croisée des chemins. Orphelin depuis le décès de Raymond Barre, il se désespère de voir les valeurs de sa famille (humanisme, libéralisme raisonné, fédéralisme européen) se déliter. Bayrou ? Borloo ? Morin ? Et pourquoi pas Arthuis ?
« On ne parle que des individus, les idées que dalle, zéro », se lamente-t-il. Cet été, lors de l'université de son parti, l'Alliance centriste, à Laval, il a plaidé pour des primaires au centre en vue des présidentielles. Y participera-t-il ? « Je n'exclus rien », répond-il, prudent. Moins connu que ses « amis », il compte sur son nouveau livre pour exposer ses idées réformatrices. Sera-t-il lu ? Commenté ? De la réponse à ces questions dépendra, en partie, son avenir.
Arnaud BÉLIER.








