Plaidoyer pour une vraie réforme laitière par Thierry Benoit
Publié le 21/09/2009
La crise laitière que traverse la France depuis l’automne 2008 prend, depuis quelques jours, des proportions inquiétantes à travers le pays où un nombre croissant d’agriculteurs ne livrent plus leur production. Ce mouvement révèle la détresse des producteurs qui se retrouvent dans une impasse économique après avoir consenti de lourds investissements au tournant des années 2007-2008. La commissaire européenne, Mariann Fischer Boel, entend résoudre cette crise structurelle, en autorisant le doublement des aides publiques versées aux agriculteurs en difficulté dans le cadre de mesures d’urgence, qui pourraient aboutir à une diminution des quotas gérés par chaque Etat-membre. La France et l’Allemagne ont rallié, ces derniers jours, 16 pays de l’Union européenne à ce panel de mesures longtemps désapprouvées par la Commission de Bruxelles.
Ce dispositif s’oppose à une minorité de pays favorables à la libéralisation du marché du lait et aux revendications des producteurs aspirant à une rente garantie de 40 centimes d’euros par litre. Un parti responsable ne peut souscrire à ces propositions extrêmes, ni cautionner un système d’aides conjoncturelles qui a atteint ses limites. Le versement anticipé des droits à paiement unique (DPU), les allègements de charges et les achats d’intervention ne peuvent suffire à endiguer une crise liée à la mondialisation des échanges. Il est évident que le secteur laitier ne peut être régi par les seules lois de l’offre et de la demande en raison de la volatilité de ses cours.
La France doit revoir les conditions actuelles de négociations du prix du lait pour obtenir une répartition plus équitable des marges entre les différents acteurs de la filière. La contractualisation prônée par le ministère de l’Agriculture doit être suffisamment encadrée pour garantir les revenus des producteurs de lait et exclure toute forme de dépendance. Aucune solution ne pourra être trouvée sans une révision du système des quotas laitiers dont on envisage la suppression à l’horizon 2015.
L’Europe doit en effet conserver un volant de régulation suffisant pour limiter le flot des importations extracommunautaires à bas coût et éviter l’apparition de tensions intracommunautaires. Faut-il rappeler que les fromagers allemands et hollandais achètent leur lait à un coût inférieur de 20 à 30 % au prix du marché français ? On peut aussi bien envisager une réévaluation des quotas de production accordés à chaque pays en fonction de ses capacités de transformation, qu’un système de subventions aux exportations équivalent à ce qui existait avant 1993. L’enjeu du problème consiste à assurer la survie des agriculteurs et l’attractivité des territoires ruraux dans l’ensemble des régions françaises. Les paysans ont consenti, ces dernières années, suffisamment d’efforts de mise aux normes pour ne pas être sacrifiés sur l’autel de la rentabilité par la prochaine loi de modernisation de l’agriculture.
Thierry Benoit, Secrétaire général de l’Alliance centriste, Député d’Ille-et-Vilaine








