Le Parti radical va-t-il rompre sa dépendance politique et financière de l'UMP ?
Publié le 07/04/2011
7 avril 2011 Jean-Louis Borloo va-t-il quitter l'UMP ?
Jean-Louis Borloo, qui est l'invité, ce soir, de l'émission « À vous de juger » sur France 2, en profitera-t-il pour annoncer que le Parti radical, qu'il préside depuis 2005, va quitter l'UMP, dont il faisait partie depuis 2002, pour rejoindre une confédération des centres encore en gestation ?
Pas si simple, explique la radicale Nathalie Delattre, adjointe au maire de Bordeaux : « Le parti que préside Jean-Louis Borloo doit réunir son comité exécutif mercredi prochain, et il n'est pas pensable qu'il annonce cette décision avant que les délégués de notre parti l'aient votée. » En effet, pour les radicaux, il n'est pas question d'ignorer des statuts qu'ils protègent amoureusement depuis des décennies.
Mais Jean-Louis Borloo, ancien numéro 2 du gouvernement Fillon, se sent de plus en plus mal à l'aise au sein de l'UMP et tente depuis la fin de 2010 de participer à la reconstitution d'une confédération des centres. C'est la tâche à laquelle s'est voué le sénateur Jean Arthuis, président de l'Alliance centriste et du Conseil général de la Mayenne, qui rêve d'une reconstitution de l'UDF telle que l'avait dessinée Valéry Giscard d'Estaing en 1978, et qui lui avait permis de gagner les législatives face au RPR de Jacques Chirac.
L'idée d'un parti humaniste
Depuis plusieurs semaines, des représentants du Nouveau Centre (NC), de la Gauche moderne (amis de Jean-Marie Bockel) et du Parti radical, rassemblés en groupes de travail sur les statuts, le projet et les valeurs, tentent de mettre en forme l'idée d'un parti humaniste : « Il y a un vrai mouvement », confirmait Jean-Marie Cavada, député européen NC.
Pour Jean-Marie Bockel, qui a été invité sur le plateau de France 2 en compagnie de Rama Yade et de Laurent Hénart, bras droit de Jean-Louis Borloo, « il serait peu probable qu'il vienne pour ne rien annoncer ».
Jean Arthuis, qui connaît l'état d'impréparation du projet, en doute : « La confédération des centres que j'imagine doit être résolument centriste et ne pas s'annoncer dès le départ comme un parti de droite. De plus, elle ne pourrait pas exclure d'emblée que François Bayrou y participe. » Autant vouloir résoudre la quadrature du cercle, sachant que le député des Pyrénées-Atlantiques n'a qu'un but pour 2012, être lui-même candidat à la présidentielle. La position de Nicolas Sarkozy, qui avait exclu en juin dernier la possibilité d'une candidature d'Hervé Morin et laissait sa chance à François Bayrou pour ratisser plus à gauche, convenait bien au président du Modem…
« Tourner autour du pot »
Jean Arthuis, qui n'a pas été invité ce soir, promet qu'il sera devant la télévision : « Comme je connais mon Jean-Louis, je lui fais confiance pour savoir tourner autour du pot. »
Entre centristes, on se comprend à demi-mot, mais il reste à savoir si les téléspectateurs sauront apprécier, et surtout comprendre, la finesse de la rhétorique radicale.
Ceux qui attendent une éventuelle candidature à la présidence de la République devront se contenter de messages subliminaux comme en a adressé Dominique Strauss-Kahn aux téléspectateurs de Canal+. D'autant plus que les centristes attendent, pour se prononcer, les prochaines élections sénatoriales, ce qu'a bien noté le sénateur de la Mayenne.
Le groupe Union centriste, auquel il appartient, de même qu'un grand nombre de radicaux, de Modem, de Nouveau Centre et de divers droite, est une préfiguration de la confédération qu'il souhaite. Ce groupe charnière, déjà affaibli par la création de l'UMP, ne veut pas risquer de disparaître en septembre.
Il faudra toute la capacité manœuvrière de Jean-Louis Borloo pour prendre ses distances avec Nicolas Sarkozy sans rompre brutalement les ponts. JEAN-PIERRE DEROUDILLE








