Le débat sur la laïcité n'est pas seulement une faute mais aussi un symptôme, selon Jean Arthuis
Publié le 04/04/2011
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances » (art. 2 de la Constitution).
La Constitution consacre une doctrine établie par la loi de 1905 proclamant la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Seule la querelle scolaire a donné lieu à des soubresauts aujourd’hui apaisés. Nous assumons cette doctrine républicaine, dans le respect mutuel en veillant à éviter toute forme de provocation susceptible de troubler les consciences et l’ordre public. Il n'est aucune difficulté pratique ou matérielle qui ne puisse trouver sa solution grâce à ce corpus législatif qui a toujours fait ses preuves .
Dès lors, le débat annoncé par l'UMP pour le 5 avril n'est pas seulement une faute, il est un symptôme car il opère trois révélations :
1) En affirmant la neutralité de l'Etat vis-à-vis de toutes les religions, la loi de 1905 consacre la distinction essentielle pour le pacte républicain entre sphère privée et sphère publique : dans la sphère privée, le déploiement des appartenances, des croyances, des affinités ; dans la sphère publique, où tous les citoyens sans distinction se retrouvent, l’élaboration politique des projets collectifs. Or aujourd’hui, moins l’Etat propose de politiques publiques et moins il les porte, plus il se rabat sur la sphère privée pour flatter tel particularisme ou stigmatiser tel autre, pour promouvoir une sorte d’ ordre moral ou hygiéniste. Etrange perversion d’imputer tel malaise ou telle déviance de la part de compatriotes musulmans à leur foi ou à leur prétendue essence, au lieu de traiter les ratés de l’intégration. ou de parer aux dysfonctionnements de l’école, du marché du travail ou du logement !
2) L’incapacité des gouvernants à s’adresser à la communauté des citoyens éclate là encore. Sur le modèle des communicants qui ne cessent de sophistiquer leurs panels d’opinion, ils ne savent plus que s’adresser tour à tour à des sensibilités, à des groupes de pression, à des clientèles ou à des communautés spécifiques. Ce faisant, non seulement on les durcit mais on finit d’estomper la notion d’intérêt général et de rendre inintelligible l’invite à l’effort général. Et la tentation est alors forte de cliver, d’antagoniser, de désigner des boucs émissaires et de surenchérir ainsi avec les extrémismes de droite et de gauche qui ont toujours trouvé là leur fonds de commerce.
Entre la droite qui a fait litière de la nation et la gauche qui a tourné le dos au peuple, qui parle aujourd’hui aux Français déboussolés de leur avenir dans ce XXIe siècle mondialisé, qui leur dessine un chemin entre contraintes et objectifs, avec les politiques et les réformes qui en découlent ?
3) Enfin, la noblesse du politique est de projeter une vision sur le long terme et non pas de s’abîmer dans le clapot quotidien. L’ hystérisation du moindre fait divers et l’urgentisme systématique sous couleur de proximité et d’empathie ne sauraient tenir lieu de politique. Le citoyen n’est pas qu’émotion, qu’affect ou que pathos. Le vivre ensemble ne peut être fondé sur la seule conscience des risques partagés ou sur le spectacle des catastophes tournant en boucle. La République exige des projets collectifs élaborés démocratiquement sur la base de constats partagés et impliquant des déploiements sur le long terme. Puisse donc ce débat mort-né sur la laïcité, qui est une sorte de comble de la caricature et d’emphase de l’impasse, clore l’ère des leurres et des exutoires et favoriser enfin la prise de conscience de ce que la République exige du politique ! Il est plus que temps . Jean ARTHUIS Président de l’Alliance Centriste








