Le Centre pour Jean-Louis BOURLANGES
Publié le 11/06/2010
" Le centre ne doit pas être un simple additif du sarkozysme "
Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen et vice-président de l'UDF
L'ancien député européen Jean-Louis Bourlanges (63 ans) a accepté, mardi 8 juin, d'animer un nouveau think tank du centre, où sont représentées toutes les branches de la " famille ". Il plaide pour un candidat à la présidentielle de 2012.
Le centre est aujourd'hui atomisé. De fait, existe-t-il encore, ou est-il devenu un mirage ?
S'il existe, c'est en pièces détachées. Historiquement, le centrisme représente deux choses : une éthique de modération et de compromis qui fait des hommes politiques centristes des intercesseurs entre la droite et la gauche ; un projet politique qui se distingue des jacobinismes de droite et de gauche par son souci de limiter l'arbitraire du pouvoir, de relativiser la révérence à l'Etat national par la solidarité européenne et d'ancrer la solidarité sociale dans une relation contractuelle.
Sous la Ve République, fortement bipolarisée, la fonction d'intercesseur a disparu. Pour que la spécificité du projet centriste s'affirme, il faut donc que ses dirigeants trouvent un terrain d'entente soit avec la droite, soit avec la gauche. Ils ne peuvent pas survivre en étant seuls. Cette vérité élémentaire a été ignorée par François Bayrou, qui a fait comme si nous étions encore sous la IVe République. Les élus centristes ont très légitimement refusé de le suivre sur cette voie suicidaire, mais, privés de leur chef, ils ont atterri en patrouille perdue dans la majorité " sarkozienne ". Quant à François Bayrou, il contemple l'abîme qu'il a lui-même créé.
Le centre peut-il se réunir autour de valeurs communes ?
Si on analyse les cycles historiques successifs, on s'aperçoit que les valeurs du centre - la combinaison du libéralisme, de la régulation, de la solidarité, la méfiance à l'égard du laxisme financier et la volonté de construire une Europe intégrée - ont été les parents pauvres du débat public dans les vingt dernières années. La démocratie chrétienne est entrée en crise profonde dans les années 1990 et la sociale-démocratie, sa soeur jumelle, est aussi en crise depuis quelques années. Le contraste est évident avec les années triomphales du giscardo-barrisme et du mitterrando-delorisme d'avant 1989.
Ce que je perçois aujourd'hui, c'est qu'un cycle nouveau est en train de s'enclencher. La crise a révélé simultanément la faillite du libéralisme non régulé et celle de l'endettement pseudo-keynésien. L'Europe retrouve une brutale actualité. Qui eût cru que l'on reparlerait de fédéralisme, comme le fait Jean-Claude Trichet ?
Le drame de cette renaissance idéologique, c'est qu'elle intervient dans un contexte où le centrisme partisan est totalement dévasté. Il faut donc reconstituer une force qui puisse porter ces valeurs.
Les centristes doivent-ils avoir un candidat à la présidentielle de 2012 ?
Sous la Ve République, tout tourne autour de l'élection présidentielle. Je crois que si un candidat centriste, quel qu'il soit, fait une percée en 2012, la famille pourra ensuite se rassembler. Si en revanche on assiste à une cacophonie d'insignifiances présidentielles, on ne sera pas sorti d'affaire.
L'on parle d'Hervé Morin, de Jean-Louis Borloo...
La question des hommes - ceux que vous citez méritent considération - me paraît seconde par rapport à celle de la stratégie. La voie centriste est un sentier étroit entre deux écueils. Le premier est la tentation qui fut celle de François Bayrou d'ignorer superbement la nécessité de l'alliance. Elle l'a conduit au désastre.
Je lui avais prédit en 2006 que, parti comme il l'était, il n'aurait bientôt le choix qu'entre le temple solaire - l'éclatement de son mouvement - ou Canossa, c'est-à-dire l'humiliation devant Sarkozy. Il a commencé par le temple solaire et il termine à Canossa. Le second écueil, c'est celui de l'instrumentalisation des centristes par l'Elysée. Il faudra bâtir demain une convergence entre la droite et le centre sur des bases profondément renouvelées. Le rapport de force doit être transformé : on doit substituer l'alliance au ralliement.
Il y a enfin le fond des choses, c'est-à-dire l'échec de la " rupture " engagée par Nicolas Sarkozy en 2007. La réforme " sarkozienne " présente deux lacunes fondamentales : elle a traité à la légère la question des déficits et de l'endettement, véritable poison hérité du socialo-chiraquisme, et a été privée de toute vraie dimension sociale, en ignorant notamment la fracture générationnelle. Du coup, le réformisme sarkozyste apparaît comme incompréhensible et injuste.
Le candidat du centre devra, face aux conservateurs de la gauche, obsédés par la défense des droits acquis, et face aux faux réformateurs de droite, engager une rupture qui a trop tardé.
Je crois que les hommes qui ont été associés au gouvernement depuis 2007 sont à cet égard en porte-à-faux. Le centre ne doit pas être un simple additif du sarkozysme. Il doit incarner une politique différente.









