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Elections européennes : faire de l'antigouvernemental revient à tromper les électeurs

Publié le 15/05/2009
 

Par Emmanuel Morucci, Docteur en sociologie, Président de la Maison de l’Europe de Brest et de Bretagne-Ouest. Elu local.

 

Il me semble que ceux qui font des élections européennes une campagne contre les gouvernements, que ce soit en France ou dans les autres pays membres, commettent la grave erreur de considérer l’Union européenne comme dimension négligeable, ramènent le rôle du parlementaire européen à quelque chose d’inexistant et, de surcroit, trompent  les électeurs. En effet, on ne vote pas pour changer les gouvernements des pays et des peuples mais bien pour élire ceux qui nous représenteront au sein l’assemblée parlementaire européenne et donc participer aux choix fondamentaux du devenir de l’Union. Pour l’électeur c’est aussi une illusion de voter en croyant que le scrutin va changer le gouvernement.

 

C’est donc vain que de faire de l’antigouvernemental ou de l’anti-sarkozysme. La question n’est en aucun cas là et en pratiquant  de la sorte, certains partis politiques passent à côté de ce qui devrait être leur cible essentielle : penser l’Europe, en définir le sens et proposer une gestion de son devenir.    

 

Ce n’est pas non plus en annonçant qu’il faut changer le président actuel de la Commission, Monsieur Barroso, que le débat va avancer. En effet, quel que soit le résultat de l’élection, le président de la Commission européenne devra changer. Et le nouveau président ne pourra qu’être issu que de la majorité parlementaire ou de l’alliance qui sortira de l’élection qui se déroulera entre le 4 et le 7 juin prochain.

 

D’ailleurs ce n’est pas tant ni du nom ni de la couleur politique du président de l’exécutif communautaire que l’on devrait se soucier mais plutôt de celui du nouveau président de Conseil européen. En effet, les partis politiques n’en parlent pas – difficile de croire qu’ils ne sont pas au courant ! – mais la mandature de ce nouveau parlement connaîtra des changements en cours de route après la ratification du traité de Lisbonne. Si bien sûr l’Irlande, dernier pays à devoir se prononcer, le ratifie. Ce qui donnera un nouveau paysage institutionnel à l’UE avec un président du Conseil européen nommé pour deux ans et demi et un haut représentant des Affaires étrangères également vice-président de la Commission. Sans oublier le président des Affaires générales et bien sûr le président du Parlement européen qui, lui aussi bien évidemment, sortira d’une majorité.

 

Mais, fait étrange et particulièrement inquiétant du point de vue démocratique pour les citoyens que nous sommes, aucun des partis ne parle des projets d’alliance au niveau de l’appareil législatif européen. Parti socialiste européen, Parti populaire européen, Démocrates européens, Parti démocrate européen, Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs, Parti vert européen, sans parler des régionalistes de l’Alliance libre européenne ou encore des partis eurosceptiques Libertas, alliance pour une Europe des nations, aucun ne semble en mesure de légiférer seul. Autrement dit chacun des partis européens devra nécessairement opérer une alliance, au moins de circonstance, avec tel ou tel autre.

 

La dimension européenne étant désormais la nôtre, plus de 65 % des décisions européennes pèsent sur les lois et décisions nationales dans le cadre, bien sûr, des compétences déléguées à l’UE par les Etats membres. Les choix et orientations de nos parlementaires déterminent donc des pans entiers de la vie quotidienne des citoyens européens. Or à 26 jours de l’élection nous ne savons rien ou presque des programmes et manifestes ou des projets d’alliance des listes en présence. Rien d’étonnant devant ce mépris affiché par les politiques de la dimension européenne et du citoyen que les électeurs ne soient à peine plus de 50 % à  savoir pour qui ils vont voter. A commencer par moi. Prise de conscience et crise aidant, la clarté et la qualité du choix européen seront  primordiales.


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