Crise portuaire de Marseille: un enjeu stratégique pour la France par Philippe FOLLIOT, porte-parole de l'AC et député du Tarn
Publié le 12/10/2010
Crise portuaire de Marseille: pourquoi il faut réconcilier la France avec la Mer et l'Outre-Mer
La crise qui se joue à Marseille avec le blocage du Port de Fos-sur-Mer et de Lavéra depuis deux semaines, illustre l'incapacité de la France à assumer son statut de grande puissance maritime.
La réforme portuaire de 2008 dont les syndicats refusent aujourd'hui l'application a pour objectif de rétablir la crédibilité et l'efficacité de nos ports depuis trop longtemps évités par les opérateurs maritimes internationaux qui, selon leurs propres termes, « considèrent, hélas souvent avec raison, qu'ils peuvent s'y faire piéger à tous moments. »
Oui, la réforme portuaire est indispensable et il serait désastreux de renoncer à cette nouvelle gouvernance qui répartit de manière équilibrée les responsabilités entre l'Etat, les élus et les opérateurs privés. En termes logistiques, nous sommes arrivés à cette aberration que pour livrer le sud-est du pays, les acteurs économiques préfèrent passer par Anvers ou Rotterdam plutôt que par Marseille. Voilà bien longtemps que nous ne sommes plus compétitifs au niveau européen qu'il s'agisse de la zone méditerranéenne avec Gênes ou Barcelone ou sur la façade atlantique avec les ports belges ou hollandais. Cette situation est un véritable handicap structurel pour notre pays tant la mondialisation se confond avec la maritimisation du monde.
La mer est un puissant vecteur de croissance économique et notre pays possède les atouts et les savoir-faire pour prendre le large. Comme l'affirme le Cluster Maritime Français, la mer en France, c'est plus de 50 milliards d’euros de valeur de production annuelle, plus de 312 000 emplois directs hors industries portuaires et hors tourisme du littoral, soit autant que l’industrie automobile tout entière, équipementiers compris! Au niveau international, la France n'a pas à rougir de ses performances puisque nous comptons une dizaine d'opérateurs sur les différents podiums mondiaux. On les trouve dans le domaine juridique des assurances maritimes des navires et cargaisons, dans les financements « shipping » (transport maritime), dans le transport maritime (CMA-CGM est le troisième armateur mondial), dans la construction et l'industrie nautique, sans oublier les secteurs privé et public de la recherche océanographique et bien sûr notre marine de guerre dont les bâtiments suscitent l'admiration des grandes puissances militaires.
Au-delà des blocages syndicalistes purement catégoriels, la crise portuaire de Marseille est donc révélatrice d'un certain complexe maritime français. Alors que nous sommes la deuxième Nation du monde au regard de notre domaine maritime (11 millions de km2), nous voilà une fois de plus incapable d'en tirer un quelconque avantage économique, politique ou stratégique. Plus grave encore, en tournant le dos à la mer, nous nous coupons de l'Outre-Mer. Les relations de la métropole avec la France ultra-marine que nous avons appelée « France-sur-Mer » sont au plus mal. Entre indifférence et hostilité, les métropolitains ne voient plus nos DOM-COM comme les nouvelles frontières d'une République pluri-culturelle, pluri-continentale, fraternellement intégratrice. L'Outre-Mer a beaucoup à nous dire sur ce qu'est la France, ses valeurs, son identité, son projet de société voire de civilisation. Elle peut et doit aussi nous apprendre à devenir enfin une nation maritime. A rebours des discours sur l' « inexorable déclin de la France », il appartient désormais à la classe politique dans son ensemble, et non seulement aux élus ultra-marins ou du littoral, de saisir cette chance et d'en faire, à l'instar des grands programmes gaulliens des années 1960, une ambition collective transcendant les clivages.
Philippe Folliot
Député du Tarn
Porte-parole de l'Alliance Centriste
Co-auteur de France-sur-Mer, un empire oublié (Editions du Rocher, octobre 2009)








