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Angela Merkel serait-elle en train de reconstruire l'Europe ?

Publié le 07/02/2011
 

Vers une Europe fédérale, seule solution à la crise de l’euro

 

 L’Europe traverse une crise très grave ; pour la première fois depuis sa création, sa monnaie unique est remise en cause. Sublime entreprise, les architectes romantiques de l’euro ont ignoré les difficultés qu’entraîne la création d’une monnaie unique sans les institutions qui doivent la faire fonctionner. N’oublions pas que le marché unique était en danger du fait des dévaluations compétitives qui ruinaient la croissance et l’emploi. La monnaie unique est le corolaire incontournable du « marché unique ».  Faute d’être parvenus à se doter d’une gouvernance politique, ils ont fait le pari d’un règlement de copropriété de leur monnaie orpheline d’Etat en adoptant un « pacte de stabilité et de croissance » fondé sur l’engagement d’en respecter les termes. Il fut malheureusement bien vite transgressé. Si jusqu’à présent l’Europe a réussi à unir à la fois démocratie, droits de l’homme et un degré de sécurité économique inégalé, pour beaucoup de gens le rêve européen menace de s’évanouir.

 

L’économiste américain nobélisé, Paul Krugman, dans une étude publiée dans le New York Times du 16 janvier 2011[1], montre les avantages et les inconvénients du fédéralisme en comparant les difficultés d’un Etat des Etats-Unis, le Nevada, et celles d’un Etat d’Europe, l’Irlande, et en déduit que ce type de structure politique est la seule qui puisse aujourd’hui sauver l’Europe.

 

Le gros inconvénient d’une monnaie unique est le manque de flexibilité qui est très contraignant lorsqu’on doit baisser les coûts et les salaires. Mais cette perte de flexibilité devrait être compensée par les avantages que procurent des programmes économiques fédéraux.

 

Le Nevada comme l’Irlande ont connu des difficultés similaires (bulle immobilière éclatée,  fort taux de chômage) ; tous deux appartiennent à une zone monétaire mais le cas du Nevada est bien moins désespéré que celui de l’Irlande : les habitants du Nevada n’ont pas à craindre pour le versement de leur pension de retraite ou leur couverture santé mises en danger par le recul des recettes fiscales de cet Etat, les dépenses viendront de Washington, tout comme le renflouement de ses banques. En revanche les Irlandais voient leurs allocations et pensions amputées et l’Irlande peut s’inquiéter du sauvetage de ses banques. Par ailleurs un système fédéral favorise la mobilité des actifs et rend plus fluide le marché du travail.

 

Pour ces raisons, l’euro ne peut pas fonctionner aussi bien que le dollar. L’euro, après avoir fondé de grands espoirs est devenu une contrainte pour certains. Durant toutes les années avant la crise, l’euro était une garantie d’investissement et les agents ont emprunté sans limites. Mais les crises se succédant, les bailleurs de fonds ont pris peur, les bulles ont explosé, le chômage a augmenté et les recettes fiscales ont diminué entraînant un endettement massif des Etats. Aujourd’hui, Irlande, Grèce ou Espagne restructurent leur dette (en coupant dans les dépenses, en augmentant les impôts et en passant par une déflation douloureuse) pour retrouver la confiance des marchés financiers. Mais ni un fonds de stabilisation ni une restructuration des dettes n’y suffiront.

 

Actuellement ce sont les marchés financiers qui font le ménage parmi les pays vertueux et les pays non vertueux de l’Europe mais le coût humain est très élevé. Si une union fédérale européenne existait, elle permettrait la régulation économique et financière, une harmonisation fiscale soutenant la compétitivité et la ré-industrialisation de chaque Etat, elle permettrait de planifier la recherche au niveau européen, d’avoir une politique européenne de développement durable, d’immigration, … Elle permettrait surtout de retrouver la confiance des marchés qui passe par une gouvernance crédible de l’Europe.

 

Mais avant de constituer cette fédération européenne, le passage obligé est pour chaque Etat de respecter le Pacte de Stabilité et de Croissance dont les deux mesures principales sont l’application de la règle de non dépassement du déficit public inscrit dans le Pacte et la surveillance multilatérale permettant de prévenir les dérapages budgétaires. Une telle fédération ne peut bien évidemment démarrer que sur des bases saines. Et la première pierre de cette fédération serait de s’entendre sur une Constitution sans obliger tous les Etats à y adhérer ensemble.

 

Le « pacte de compétitivité » actuellement conçu par Angela Merkel annonce, espérons-le, un début de reconstruction en imposant un code de bonne conduite économique, budgétaire et social : désindexation des salaires, relèvement de l’âge des retraites, nivellement des fiscalités et mise en place de plafonds constitutionnels de déficits. Et surtout, pragmatique, la Chancelière soumet ce code pour la zone euro dans un premier temps et sur la base du volontariat, « step by step ».

 

Nous savons pourquoi l’union des Etats-Unis d’Amérique fonctionne, c’est parce qu’elle a un solide gouvernement central, une culture partagée et une langue commune. Il manque à l’Union européenne d’en prendre la responsabilité et  d’y mettre le prix.

Laurence Duboys Fresney

Alliance centriste



[1] Repris partiellement dans Courrier International, n° 1056, 27janvier-2 février 2011.


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