Drame de Bruxelles : urgence d’agir au-delà des frontières nationales

Le terrorisme vient à nouveau de frapper. Après Madrid, Londres et Paris, Bruxelles devient à son tour le théâtre de la violence barbare et aveugle. Cette fois, en plein cœur du quartier des institutions européennes emblématiques de soixante-dix ans de paix sur le continent. Après le concert, la terrasse de café et le stade de football, c’est à un autre symbole du vivre ensemble européen que s’est attaqué le fanatisme. Si la Belgique est touchée, l’onde de choc atteint tous les Etats membres de l’Union. Allons-nous enfin prendre la mesure de nos obligations?
Symptôme d’une époque instable dans laquelle l’obscurantisme refait surface, le terrorisme est un mal avec lequel nous allons devoir apprendre à vivre. Nous devons désormais apprendre à vivre avec la menace terroriste. C’est dire combien notre vigilance est requise. Mais la Sûreté et la Sécurité sont au coeur des missions assumées par les Etats. Or ceux-ci sont encore jaloux de leurs prérogatives et les services de renseignements tardent à échanger leurs informations. On se souvient qu’au lendemain des attentats du Bataclan Salah Abdelslam, contrôlé par les forces de police françaises, poursuit sa route vers la Belgique où il est fiché comme dangereux. Les services en cause disposent de systèmes nationaux de données et s’abstiennent de tenir un fichier commun.
Le Ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve ne manque pas une occasion de dénoncer les lenteurs du parlement européen à propos de l’adoption du projet de PNR, le fameux Passenger Name Record , dispositif que les Américains ont adopté dès après les attentats du 11 septembre 2001. Il permet de retracer le parcours d’individus ayant pris des vols à destination de l’Europe. Je salue le volontarisme de notre Ministre mais ne nous racontons pas d’histoires. Les propositions aujourd’hui sur la table ne vont pas jusqu’au bout de leur logique. Je plaide bien sûr pour que nous avancions vite sur ce dossier. Mais nous ne pouvons pas nous en satisfaire. Ce que le texte prévoit c’est la création de 28 bases de données nationales, sans fichier central alimenté automatiquement. Le partage d’informations sera seulement volontaire. Les ministres de l’intérieur ont refusé le partage obligatoire et systématique d’informations précieuses, au nom de la souveraineté nationale. Ils ont ajouté qu’il leur faudra deux ans pour transposer et appliquer le dispositif.
C’est le même attachement obsessionnel à la souveraineté nationale qui empêche nos chefs d’Etat ou de gouvernement de créer un corps de garde-côtes et de garde-frontières pour protéger les frontières extérieures de l’Europe. L’Union va-t’elle enfin cesser de n’être qu’une addition d’égoïsmes nationaux. C’est dans ces conditions, que les Européens se montrent incapables de peser sur les affaires du Monde, au Moyen-Orient comme en Ukraine. Contraints à sous-traiter à la Turquie le contrôle d’une partie de ses frontières extérieures, à quel prix?
La démonstration est pourtant cinglante. Faute d’avoir doté l’Union des moyens requis, les Etats membres donnent en spectacle leur impuissance. S’ils ne veulent pas devenir les fossoyeurs de l’idée européenne, nos dirigeants doivent passer aux actes et proposer des véritables solutions européennes. Il est temps de reconnaitre que dans la mondialisation un nombre croissant de prérogatives de souveraineté ne seront exercées effectivement que si elles sont partagées. Je veux encore croire au sursaut pour que l’Europe reprenne sa place dans l’Histoire.

Jean Arthuis
Président
Député européen