Communiqué Jean Arthuis

« LA PRIMAIRE DE LA DROITE ET DU CENTRE, C’EST NON »

Oui, j’en ai rêvé. Le congrès de l’Alliance centriste du 27 février, ayant approuvé son projet «Libres et responsables », a exprimé le souhait que nous puissions porter nos idées dans le débat public à l’occasion de la primaire de la droite et du Centre. J’ai alors clairement laissé entendre que je me tenais prêt pour m’engager dans une campagne de témoignage. Si j’ai tardé à prendre ma décision, c’est que le doute m’habitait. J’ai reporté de mois en mois ma déclaration avec le secret espoir qu’un évènement viendrait dissiper les motifs de ma réserve.

Le premier motif de réserve tient au fait que l’UDI s’est prononcé contre toute candidature centriste à cette élection primaire dite « de la Droite et du Centre ». Or l’Alliance centriste s’est constituée pour tenter de rassembler tous les centristes. A l’évidence, ma candidature susciterait le trouble dans un parti encore fragile. En tout état de cause, la plupart des parlementaires UDI et des cadres du parti ne semblent pas disposés à soutenir une candidature centriste. Dans ces conditions, faute de moyens et de relais, l’exercice porterait atteinte à la cause que nous voulons défendre. Au surplus, les membres de l’AC investis pour les prochaines législatives tomberaient sous la menace d’une exclusion et d’une marginalisation.

Mon second motif de réserve concerne mon mandat au sein du Parlement européen. La campagne pour la primaire m’obligerait à me mettre en congé pour trois mois au moins, dans une période cruciale au plan budgétaire. C’est en effet à l’automne que la commission des budgets que je préside est pleinement mobilisée par la discussion et le vote du prochain budget qui s’annonce à tous égards difficile. En outre, nous sommes engagés dans la révision à mi parcours du cadre financier pluriannuel, échéance cruciale pour sortir l’Union européenne de son impuissance. Je suis également personnellement impliqué dans trois actions à mes yeux prioritaires : la promotion de la mobilité longue des apprentis en Europe, la sortie de crise du monde agricole et la révision de la PAC, l’intégration politique de la zone euro.

En troisième lieu, cette élection primaire comporte des aléas périlleux pour la clarté du débat. Le corps électoral se détermine par rapport aux enjeux du moment. L’actualité va placer sur le devant de la scène les thèmes identitaires et sécuritaires. La séquence « burkini » en est la sinistre illustration. Dans un tel contexte, la surenchère sera vive pour rallier des voix susceptibles de se porter sur le Front National. Je doute, dans ce contexte, que notre message en faveur d’une « Europe puissance mondiale » soit audible, alors même qu’elle seule, à condition de l’extraire du simulacre où les chefs d’Etat ou de gouvernement la cantonnent, peut nous permettre de lutter efficacement contre le chômage, l’insécurité, le terrorisme, les migrations et les fraudes fiscales.

Enfin, la primaire n’est pas l’élection présidentielle. Participer à la primaire, c’est opter pour un camp en risque de dérive droitière. Plus que jamais sachons donc rester « Libres et Responsables ». Ma décision est prise, je ne suis pas candidat à la primaire de la Droite. Notre devoir est désormais de tout faire pour qu’émerge un candidat partageant nos valeurs, notre vision et notre projet. Au moment où tant de voix prônent le repli sur soi et le nationalisme, nous veillerons à ce que la France rompe avec son manichéisme partisan mortifère, qu’elle remette la politique au service de l’intérêt général et convienne de partager avec ses partenaires européens les prérogatives souveraines qu’elle n’est plus en mesure d’exercer elle-même du fait de la mondialisation. Le clivage Droite/Gauche a vécu. Il est symptomatique que les extrêmes, de droite comme de gauche, expriment des propositions convergentes visant la sortie de l’Union européenne et le retour des frontières nationales. Désormais, le rassemblement se fera sur le thème de l’ouverture à l’Europe- une Europe « Puissance mondiale » qui protège intelligemment, une Europe gouvernée et non plus un simulacre d’Europe – ou bien le retour aux nationalismes et le repli sur soi. Oui l’élection présidentielle est bien le  rendez-vous crucial pour oser le renouveau et avancer en confiance.

Jean Arthuis