Budget Européen

BUDGET EUROPEEN ET MIGRATION : FAUTE DE CREDITS, ON SE PAYE DE MOTS

« Le projet de budget 2016, tel qu’il a été ajusté par la Commission des budgets – je veux à cet égard saluer le travail tout à fait remarquable accompli par le rapporteur général, José Manuel Fernandes, et par le rapporteur pour les autres sections, Gérard Deprez – est un budget corseté par le cadre financier pluriannuel 2014-2020, supposé répondre aux problèmes de l’époque où il a été conçu et adopté, autrement dit, en dépit de nos efforts, ce budget est largement le miroir du passé.
Face aux crises, celle de l’euro et du surendettement de la Grèce, puis celle des migrations, l’Union européenne, privée de moyens budgétaires et de flexibilité, se condamne à donner en spectacle ses faiblesses, voire son impuissance.
Au-delà de nos votes, l’impression qui domine est que l’Union européenne ne pourra juguler les flux migratoires qu’à la condition de lutter efficacement contre les causes – aussi bien la fin des violences au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique, qu’en engageant une véritable politique de développement dans l’Afrique subsaharienne – or il est manifeste que le budget 2016  ne dispose pas des crédits requis pour agir à la racine des mouvements de population qui convergent sur notre continent. Et pourtant, Jean-Claude Juncker nous l’a rappelé ici même ce matin : « A situation exceptionnelle, budget exceptionnel ». Belle paroles, en attente d’acte.
Première illustration de notre indigence : la création de corps de garde-côtes et de gardes-frontières, aux frontières extérieures de l’UE est proposée par les chefs d’États ou de gouvernements. En supposant que soit réglées les modalités du commandement, où sont les crédits nécessaires?
S’agissant des camps de réfugiés aux frontières de la Syrie, en Turquie, au Liban, en Jordanie, Madame Merkel et Jean Claude Juncker s’accordent à juger qu’une enveloppe de 3 milliards est requise. Où sont les crédits correspondants?

A ce stade, compte tenu de la situation financière de la plupart des États membres, nous devons être conscients des difficultés qui vont jalonner la conciliation qui s’ouvre. Le vote du Parlement va donner force aux négociateurs qui feront tout pour convaincre le Conseil du bien fondé de nos options budgétaires. Cela étant, je gage que la conciliation sera une rude épreuve. Quelle qu’en soit la conclusion, elle nous donnera des arguments décisifs pour engager sans délais la révision du Cadre financier pluriannuel. Ce sera l’épreuve de vérité pour « la Commission de la dernière chance » et la responsabilité historique du Conseil d’y répondre. »

Jean ARTHUIS
Président de l’Alliance centriste
Député européen

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